Il y a quelques semaines, j’avais un événement public à accompagner en formule autoharpe et voix. Trois heures de musique à tenir, toute seule avec mes trente-six cordes et ma voix, devant des gens qui allaient passer, s’arrêter, repartir, revenir peut-être. Trois heures, ça paraît long sur le papier, mais c’est surtout trois heures où il faut que chaque morceau trouve sa place, que l’énergie monte et redescende au bon moment, que le français et l’anglais se répondent sans jamais se marcher dessus.
D’habitude, je construis mes setlists un peu à l’instinct. J’ouvre mon répertoire, je fredonne deux mesures d’un titre, je sens si ça colle avec ce qui vient avant et après, je raye, je rajoute, je recommence. C’est long, c’est un peu artisanal, et honnêtement j’aime beaucoup ce moment-là.

Une idée un peu folle
Mais ce jour-là, fatiguée, rentrée tard d’une journée de cours, j’ai eu une idée un peu folle. Et si je demandais à une intelligence artificielle de m’aider à construire cette playlist ?
Je m’attendais à quelque chose de plat. Une liste générée au hasard, sans âme, le genre de résultat qu’on obtient quand on tape « meilleures chansons mariage » sur un moteur de recherche. Patin de Bretzel ! Ça ne s’est pas du tout passé comme ça.
Un détour inattendu par les fleurs
Je lui ai donné mon répertoire, le contexte de l’événement, l’ambiance que je voulais, feutrée mais pas endormie. On a construit trois versions ensemble, j’ai dit non à certains titres qui ne me ressemblaient pas, j’en ai redemandé d’autres qui collaient mieux à l’esprit du lieu. Et à un moment, pour un événement au milieu des fleurs, elle m’a proposé « Mon amie la rose » de Françoise Hardy et « Le pouvoir des fleurs » de Voulzy mais aussi, d’autres chansons en lien avec la nature : la mer, la jungle, les oiseaux. Un clin d’œil que je n’aurais peut-être pas eu moi-même, trop prise dans mes habitudes.
Ce qui m’a frappée, ce n’est pas l’outil en lui-même. C’est de me rendre compte que même dans ce moment très technique, construire une setlist, respecter un format, penser à l’enchaînement des langues et des styles, il y avait encore de la place pour moi. Pour mes choix, mes refus, mes intuitions. L’IA proposait, je décidais. Et au final, la playlist qui est sortie de là, c’était la mienne. Juste arrivée un peu plus vite, avec un détour inattendu par les fleurs.

Ce qu’aucun outil ne peut remplacer
Je ne vais pas vous mentir, j’ai eu un petit pincement en l’utilisant. Est-ce que ça veut dire que je perds quelque chose de mon métier en passant par un outil comme ça ? Et puis en y réfléchissant, j’ai compris que non. Ce qui fait la parenthèse enchantée d’une prestation, ce n’est jamais la liste de titres sur le papier. C’est ma voix qui porte chaque chanson, c’est le regard que j’échange avec une personne dans le public au moment juste, c’est l’autoharpe qui résonne dans un lieu qu’on n’a jamais entendu sonner comme ça avant. Ça, aucun outil ne peut me le prendre.
Alors oui, j’ai demandé à une IA de m’aider à composer une playlist. Et la prochaine fois, je recommencerai probablement, surtout les soirs où je rentre fatiguée et où trois heures de répertoire à trier me semblent une montagne. Mais la musique qui sortira de mes cordes ce soir-là, elle, restera toujours profondément humaine.

